Revenir en arrière

Citroën C3 Aircross hybride, crise de croissance

Par Clem | le 01/10/26

Dans la gamme Citroën 2017, le C3 Aircross était né crossover urbain, comprenez version légèrement surélevée de la C3 tout court, cédant à la mode SUV qui balayait la mode… monospace, et le C3 Picasso. Mais au moment de céder la main à une deuxième génération très attendue, c’est en véritable suv familial qu’il nous revient, s’allongeant pour désormais proposer jusqu’à 7 places ! Pari réussi ? Pour en avoir le cœur net, nous voici parti pour un roadtrip de 1 800km en famille au volant de la version hybride 145ch en finition MAX, histoire de voir si cette nouvelle itération atteint ses objectifs.

Avant même de nous approcher de notre voiture d’essai, il convient de se souvenir du virage stratégique entamé par la marque, car si le confort reste dans l’ADN Citroën, son positionnement se veut aussi désormais plus économique au sein du groupe Stellantis. Pourtant, visuellement, rien n’indique une volonté « low cost », bien au contraire. Et puis il cache plutôt bien sa crise de croissance, tant il faut vraiment y prêter attention pour faire la différence avec la C3 tout court. Pourtant, ce n’est pas moins de 23.5cm supplémentaires en longueur, et une bonne poignée en largeur et hauteur que propose cette deuxième édition !

Ce n’est pas le seul changement, tant il s’éloigne esthétiquement de son prédécesseur. Fini les rondeurs, les lignes se font plus tendues, plus marquées, mais finalement tout aussi élégantes, et peut être trop proches de la C3. De face, il est en effet bien difficile de les reconnaitre, bon pour le standing de la citadine, peut être moins pour la familiale, mais en se décalant légèrement, la hiérarchie se met en place,  notre Aircross retrouvant aisément son statut, d'autant plus que le récent C5 Aircross reprend ce design. Au final, il n’y a peut être pas « d’effet  waouh », mais c'est réussi, notamment dans ce coloris, vert montana métallisé toit blanc, un petit peu salissant, mais toujours moins que du noir. 

Ajoutons y une signature lumineuse soignée, des plastiques noir et chromés pas trop présents et bien intégrés, des poignées de portes noires laquées, un logo moderno-vintage à souhait, et voila un modèle qui ne fait pas honte sur un parking de supermarché, loin de là.

 

Passons désormais à l’intérieur, pour y découvrir une habitabilité logiquement en hausse. L’ancienne n’était déjà pas mal lotie dans le domaine, mais nous changeons ici de dimensions, surtout en longueur et en hauteur, jambes et têtes seront à leur aise, même pour les plus de 1.80m. C’est moins flagrant en largeur, surtout du à un petit effet « tunnel », où la longueur tasse un peu la largeur, car dans les faits, les passagers y trouveront leur compte. Reste le cas épineux du coffre. Nous disposions de la variante 7 places, offrant donc deux sièges supplémentaires dans le coffres, ce qui est inédit dans la catégorie, mais au final pas nécessairement très pratique. Ces sièges n’offrant pas la possibilités d’êtres enlevés, ils grèvent de manière considérable la contenance de la malle arrière, d’autant que nous n’avons pas non plus un fond plat à la façons des anciens Renault Scenic, ce qui n’aide pas au chargement. Puis une fois déployés, il ne serviront que d’appoint sur de courtes de distances, et/ou pour des enfants. Résumons, moins de place, pas pratique à charger, et réservés aux enfants, ce choix ne se défend que pour des cas bien particuliers, et ne se justifie pas au quotidien dans 95% des cas. Mais pour ces utilisateurs-là, Citroën propose une solution rare. Pour les autres, les versions 5 places vous offriront un coffre de grande contenance, bien carré, et donc facile à charger.

La vie à bord c’est de l’espace, mais aussi des cotés pratiques, du design, des matériaux et de la finition. Historiquement, et d’autant plus avec une politique tarifaire agressive, matériaux et finitions ne sont pas le point fort de la marque, mais à première vue, à deuxième aussi, aucune catastrophe en approche. Bien sûr en cherchant bien on trouve quelques plastiques qui font « toc toc » ainsi que quelques ajustements douteux ( connecteur USB dans la console centrale ), mais rien qui ne gâche le bien être à bord, d’autant que la marque s’est quand même fendue d’une finition « laque à piano » du plus bel effet sur la console centrale, de jolies contre-portes agrémentées de petites étiquettes rouge badgées « have fun » ou « be cool », qui donnent le sourire.

Le design du tableau de bord est reussi bien que très anguleux, mais agréable avec les petites nervures sur la partie basse, agrémentée d’une pièce de tissu, et globalement pas mal de travail. Pour tout dire, bien installé dans les sièges particulièrement confortables, nous n’aurions qu’une vraie doléance : Vous pourriez faire l’accoudoir quelques centimètres plus long Monsieur Citroën ? Allez, juste trois ou quatre centimètres, parce que là, il est quand même très, très en arrière… 

Une de nos appréhensions concernait la lecture du combiné instrument, qui paraissait assez petit. En effet, ce que Citroën appel affichage tête haute, n’est au final qu’un affichage rehaussé, mais qui parait assez fin, rien à voir avec la projection d’information directement sur le pare-brise. Au final, si l’appellation parait un peu galvaudé, la lecture est suffisamment facile, tout en nécessitant de moins décoller le regard de la route pour trouver les informations. Cela apparait donc parfaitement fonctionnel, comme quoi une étude ergonomique donne parfois un résultat à la fois satisfaisant et économique.

 

Passagers et conducteurs seront aussi heureux de trouver des connecteurs USB au total de quatre, un sur la planche de bord, parfait pour connecter sa clé usb, un dans le vide poches, plus deux à l’arrières. Il y en aura donc pour tout le monde, d’autant plus qu’une prise 12 volt fait aussi partie du voyage.

Au final c’est un intérieur pragmatique et fonctionnel qui nous est proposé, pas flashy pour deux sous, mais où il fait (très) bon voyager.

Passons maintenant à « l’infotainement » comme on dit maintenant. L’écran central de bonne taille fait un peu daté. Simple mais offrant le minimum, il se montre raisonnablement réactif, bien que quelques détails agacent un peu. Par exemple sur l’affichage principal, la partie de droite réservée à la navigation ne propose pas de cartographie, juste des informations basiques telles la distance ou l’heure d’arrivée, c’est un peu juste. Le système audio, lui, est plutôt une bonne surprise. Nous n’ avons certes qu'un égaliseur à trois bandes, mais le son est naturellement équilibré. Les basses sont plutôt bien tenues, les aigus ne sont pas acides, le médium pas trop en avant, et cela mérite d’être salué pour un système d’origine ne disposant pas d’une griffe premium. D’autant que sa capacité en volume sonore est aussi parfaitement respectable, au point que l’on peut monter jusqu’à 60% du maximum sans déformation, et ça commence à faire du bruit ! Bien entendu, si on veut un bon résultat, il faut une bonne source, fichiers de qualités sur clé usb (vive le Flac !) ou DAB+ (dont la réception est bonne), le système pouvant se désunir avec un source douteuse.

Autre source de confort, des commande de clim (automatique monozone) directes. Quel bonheur de ne pas être obligé de passer par l’écran pour un bête réglage de température. 

Finissons ce chapitre intérieur avec une petite doléance. S’il vous plait Monsieur Citroen, pourriez vous faire le pare-soleil légèrement plus long ? Parce que autant pour un soleil de face il est bien dimensionné, autant lorsqu’on le bascule sur le coté le long de la vitre latérale, l’espace entre son extrémité et le montant de porte permet un peu trop le passage du soleil, ne serait-ce que 3 petits centimètres seraient appréciables, signé l’essayeur qui vient de faire 90 minutes de conduite avec ledit soleil qui lui a carbonisé la tempe !!!

 

La contemplation étant finie, passons aux choses sérieuses, avec le démarrage. La motorisation de notre monture est assurée par le petit 3 cylindres maison de 1 199cm3 de cylindrée, suppléé par une hybridation portant la puissance totale disponible à 145cv, pour environ 260Nm de couple, le tout passant aux roues avant par la traditionnelle boite automatique à 6 rapports. A l’usage il se montre souple et performant quelles que soient les conditions. Ca enroule cool, mais le bloc est capable de bonnes ressources pour doubler, la boite se faisant discrète et efficace. L’agrément est parfaitement au rendez-vous, que ce soit à vide ou en charge, avec même une petite note rauque limite sportive lorsqu’on le sollicite, jamais envahissante, et très sympa. La seule (demie) déception vient de la consommation. Non pas qu’elle ne soit particulièrement excessive dans l’absolu, avec des valeurs relevées entre 5l et 5.9l aux 100km, ce n’est pas si mal, et nous aurions criés au génie il y a à peine dix ans, mais aujourd’hui un bloc équivalent chez Renault propose entre 0.5l et 1l de moins aux cent kilomètres, ce qui fini par compter avec un litre de sans plomb à plus de deux euro. Et même si l’agrément du bloc Citroën est supérieur, n’imposant pas les « moulinages » de la mécanique Renault dans certaines circonstance, cette différence de consommation nous parait difficilement justifiable. Et justement cette différence ne se fait pas sur le bloc thermique, mais sur la capacité de la batterie de la partie électrique, celle de la marque au losange étant simplement 35% supérieure ! Plus de batterie signifie plus de fonctionnement électrique, donc moins de consommation d’essence, CQFD. La bonne nouvelle pour le groupe Stellantis est que ce ne sera pas bien difficile d’y remédier.

La gestion du frein moteur est intéressante, puisque sur un levé de pied en descente, cela commence par un passage à l'électrique avec coupure de la partie thermique afin de régénérer, mais au besoin, et afin que la vitesse n’augmente pas de manière inconsidérée, cette partie thermique peut être remise en route afin de redonner du frein moteur. C’est bien vu, fluide, efficace, et même confortable.

 

Pour les plus curieux souhaitant suivre l’évolution de la répartition des taches mécaniques, une animation est accessible en appuyant sur le bouton disposé au bout de la commande d’essuis glaces. Un bémol, en fait deux, pour faire défiler les différentes informations et donc accéder à cette animation, chaque information disparait progressivement pour laisser la suivante apparaitre tout aussi progressivement, et surtout tout aussi lentement… Et si vous essayez d’aller plus vite, cela bug parfois. Gageons qu’une mise à jour puisse régler ce désagrément. Plus ennuyeux, surtout quand on ne le sait pas, cette animation contient en son centre une pile représentant la batterie, cette pile étant divisée en plusieurs partie bleues, que l’on pense voir évoluer au grés des cycles chargement/déchargement, mais il n’en n’est rien, vide ou pleine, les segments sont toujours affichés. Un peu frustrant, s’il ne s’agit pas de donner cette information, une pile sans segments, et donc en permanence visuellement pleine serait plus adaptée, ne donnant pas de faux espoirs lors des premiers instants de la prise en main, quand on pense avoir une batterie pleine (alors qu’elle était manifestement vide), et que l’on est surpris d’une si faible utilisation électrique.

Bien entendu, un moteur performant se doit d’être mis au service d’un châssis à la hauteur, et de ce coté là, la marque au chevron ne craint personne. Nous avons donc ici une configuration logiquement et clairement axée vers le confort, de l’extrémité des pneumatiques jusqu’au dernier bout de mousse des sièges. Fidele à la philosophie maison, ce confort quasi parfait ne concerne pas seulement le touché de route, mais aussi la position de conduite ainsi que le confort auditif, y compris dans la bascule électrique/thermique qui ne se signale que par quelques très légères vibrations. Sans surprise, tout est de haut niveau, tout en maitrisant correctement les mouvements de caisse. Les plus longues distances sont envisageable sans aucune appréhension, et avec une fatigue minimale à l’arrivée. Revers de la médaille, un touché de route bien lointain pour ceux qui rechercheraient un peu de plaisir dans le placement de la voiture. Amortissement, direction, tout vous isole, pas fun pour deux sous, mais zen et confortable sans aucun doute.  

 

Seul désagrément dans cet océan de zenitude, c’est l’excès de… « bip » ! Une vrai « machine qui fait bip », et ça, c'est un peu agaçant. Alors bien sûr il est possible de désactiver les sources de ces bips intempestifs, mais partir d’une bonne idée, renforcer la sécurité, et en bâcler la réalisation en ne sachant pas aller à l’essentiel, c’est vraiment dommage. A chaque nouveau bip, le regard se porte sur le combiné instrument pour en découvrir la source. Dépassement de la vitesse lue par la voiture, parfois à tord, véhicule dans l’angle mort, maintien dans la file, il arrive même de temps en temps que nous ne soyons pas en mesure de savoir pourquoi elle nous averti, bref, trop de bips tue le bip, car là, au bout d’un moment, nous n’y prêtons plus attention, ce qui est exactement l’inverse de l’effet recherché.

Au-delà ce petit désagrément, le régulateur de vitesse simple n’appelle pas de commentaires, le maintien dans la file ne surréagit pas comme on peut le voir sur certaines concurrentes, la lecture des panneaux semble souvent correcte, et les radars de proximités avant et arrières sont réglés assez conservateur, c’est-à-dire signalant les obstacles assez tôt, comme souvent. Seule remarque, ajoutez nous une petite croix pour leur couper le sifflet une fois que l’on a prit connaissance de l’obstacle. Expérience vécu, arrêté à un feu, un scooter vient se placer devant mais un peu prêt, et le radar se met à sonner 10 secondes non stop comme si nous allions foncer dans un mur, avec l’impossibilité de le stopper ni de récupérer la main sur l’écran principal, même après la fin du signal sonore, agaçant, et ça n’aurait pas couté grand chose d’ajouter une croix cliquable pour passer à autre chose. 

 

Ce C3 Aircross, c’est l’histoire d’un surdoué qui agace à force de petites approximations… agaçantes. Il est si proche de la perfection pour sa catégorie et son positionnement, confort, habitabilité, design, performances, tarif, que ces détails qui auraient nécessités à peines quelques euros d’investissements , allez disons quelques grosses dizaines si l’on inclus la batterie, l’aurait rendu quasiment imbattable. Tel quel, le tableau est déjà particulièrement réussi, et si la fantaisie n’est pas sa spécialité, il est absolument incontournable pour tout achat pragmatique.

Version essayée : Citroën C3 Aircross Max hybride 145 ch 7 places au tarif indicatif de 30 650€ ttc.